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26 mars 2014, 08h00 Icone Thief

ZeDen teste Thief

Faire les poches, un métier à plein temps
Après la remise au goût du jour (plus ou moins réussie) des licences Deus Ex et Hitman, c’est au tour de Thief de revenir sur le devant de la scène via une adaptation multi-support de la fameuse série initiée par Looking Glass Studios. Dorénavant entre les mains de Eidos Montréal (déjà à la manoeuvre sur Deus Ex : Human Revolution), les aventures de Garrett, maître-voleur de son état, vont ainsi connaitre les joies d’une adaptation next-gen puisque le titre sort simultanément sur PC, PS3, PS4, Xbox 360 et Xbox One. Et puisque les PS4 sont à peu près aussi introuvables aujourd’hui qu'un verre d'eau en plein Sahara, c’est à la version PS3 que nous nous intéresserons ici.

Les mains dans les poches

Artistiquement, le jeu est remarquable
Garrett, le virevoltant voleur de la Cité, reprend donc du service dans ce qui s’apparente à un reboot de la série plutôt qu’à une véritable suite. La première mission du jeu, qui fait office de tutorial, sera l’occasion d’effectuer ses premiers pas dans la ville (ou plutôt, sur ses toits) et de faire brièvement connaissance avec Erin, une jeune voleuse aussi impulsive et intrépide que radicale dans sa façon d’éliminer les gardes qui commettent l’erreur de croiser sa route. Mais les deux partenaires n’auront pas vraiment le temps de se faire des échanges de politesse puisque leur arrivée impromptue dans une cathédrale en plein rituel mystique entrainera la disparition d’Erin et un blackout de Garrett. Inconscient pendant une durée indéterminée, Garrett se réveillera alors au milieu de la Cité, prêt à reprendre du service et, bien malgré lui, à démêler les nombreuses intrigues qui composent la ville, entre jeux de pouvoir et intrusions fantastiques...

Une cité victorienne plongée dans une obscurité qui semble sans fin, placée sous la coupe d’un baron tyrannique et affectée par un mal mystérieux (appelé ici la « grisaille »), un héros qui tente de survivre dans cet univers moribond... On a connu plus original comme postulat de départ et l’atmosphère global du titre souffre de la comparaison avec la concurrence, forcément en nombre sur une console en fin de vie. Pas aussi marquant esthétiquement qu’un Dishonored ou un BioShock, il faut quand même reconnaître au titre un certain cachet artistique, que l’on aura tout le temps d’admirer pendant les nombreux écrans de chargement. Mais la principale lacune du titre en matière d’immersion tient à son scénario. Celui de Thief manque cruellement d’inspiration, à tel point que l’on finira rapidement par s’en désintéresser pour se focaliser sur le gameplay.

Un gameplay de haut vol ?

Voilà un trésor qui ne manquera à personne
Vider les poches bien garnies des gardes, se faufiler à l’intérieur d’un appartement pour en vider tout le contenu de valeur avant de se faufiler discrètement vers la sortie... les bases du gameplay de Thief sont toujours là, même si elles ont été remises au goût du jour. Les phases se jeu se découpent en deux parties, avec une séquence de jeu libre dans un hub central (regroupant les principaux quartiers de la Cité) dans lequel il sera possible d’accomplir un certain nombre de quêtes secondaires, d’effectuer des emplettes au marché noir et de remplir quelques défis de collectionneur, et les missions principales, qui permettront de faire avancer l’intrigue en remplissant des objectifs spéciaux se situant dans des lieux bien précis. Il sera possible de rejouer les missions déjà terminées à volonté, afin de compléter quelques défis (collecter un nombre d’objets donné, finir un niveau sans être repéré...) ou de voler de précieux trésors oubliés lors d’une précédent visite afin d’atteindre le sacro-saint 100% de complétion pour les plus acharnés. En matière de « replay value », il faut reconnaître que Thief ne vole personne sur la marchandise, et si la durée de vie du titre n’excède pas la quinzaine d’heures pour la quête principale, celle-ci se trouvera doublée par les nombreux objectifs annexes proposés. On s’amusera également entre deux missions à explorer les recoins de la Cité pour mettre la main sur quelques trésors bien planqués, histoire de faire gonfler le porte-monnaie. Outre la quête principale, un mode Défi permettra aux apprentis voleurs de se défier par classement interposé via des épreuves chronométrées. Gageons que le commun des mortels fera l’impasse sur ce mode de jeu annexe, mais c’est toujours ça de pris.

Garrett en mauvaise posture
Pour en revenir à l’aventure principale, celle-ci joue donc la carte d’un « open-world » très relatif puisque les pérégrinations dans la Cité seront interrompues par de multiples séquences de transition entre deux quartiers de la ville. Premier constat, le saucissonnage de ces quartiers en micro-sections associé à des temps de chargement plutôt longs (même si les développeurs ont parfois tenté de les masquer par quelques artifices sous forme de QTE) rendent la progression plutôt laborieuse. Ce sentiment de progression hachée est accentué par l’approche « try and die » du titre qui obligera parfois à recommencer plusieurs fois une même séquence jusqu’à trouver le bon cheminement pour atteindre la sortie. Cette absence de fluidité est liée au fait que le titre offre assez peu de solutions alternatives à l’avancée du joueur et laisse finalement peu de place à l'improvisation : ainsi il faudra impérativement éviter les combats au corps-à-corps, au risque de se faire taillader par le premier péquin venu (après tout, Garrett est un voleur, pas un fantassin badass lourdement armé) et privilégier l’approche furtive du titre. Et si l’on s’amusera de la possibilité d’utiliser les éléments du décor pour tromper la vigilance des gardes (rarement utile dans les faits), on regrettera que les options en matière de furtivité soient si peu nombreuses.

Un jeu qui manque de coffre(s)

L'IA des gardes est à la ramasse
Autre grief, les gardes ne se caractériseront pas par leur intelligence tant ils se montrent absolument incapables de vous apercevoir si vous vous situez à quelques mètres devant eux, pour peu que vous soyez dans l’ombre. Le caractère simpliste du concept de furtivité dans Thief, que n’aurait pas renié Chantal Lauby et son « on me voit, on ne me voit plus », se fait au détriment de l’immersion. Dans le même ordre d’idée, les gardes ne feront pas preuve de beaucoup plus de malice lorsqu’une alerte sera levée, et se contenteront bien souvent de se déplacer en suivant une trajectoire prédéfinie, voire resteront bêtement bloqués contre un mur en attendant que la situation revienne à la normale. Il serait toutefois injuste de résumer uniquement Thief à ces soucis de gameplay, car il sait aussi proposer des moments de bravoure plutôt efficaces. On évitera de trop spoiler l’aventure ici, mais le jeu sait alterner les temps forts et moments plus calmes avec efficacité (sans génie non plus), tout en variant les environnements visités. On appréciera également la possibilité d’améliorer les capacités du héros en dépensant les points de concentration récoltés en cours de jeu. Ces points permettront de développer des compétences spéciales comme la possibilité d’identifier des interrupteurs, de se déplacer plus silencieusement ou d’être plus efficace en combat. Une personnalisation bienvenue donc, bien que limitée.

Les flèches d'eau permettent d'éteindre les torches
Le jeu propose également une gestion d’inventaire intéressante, avec de nombreux items comme des flèches en tout genre, des outils pour faciliter l’exploration et les vols qui pourront selon les cas être volés en cours de route ou achetés au marché noir. Pas forcément indispensable à la progression, ses objets apporteront un petit plus pour se sortir d’une situation délicate ou plus simplement améliorer les statistiques de fin de mission. Un mot pour terminer sur la facture technique du jeu : prévu pour sortir sur deux gen différentes, on sent bien ici que la PS3 est poussée dans ses retranchements, et il ne sera pas rare de constater des ralentissements ça et là, en particulier lors des cinématiques qui ressemblent carrément à des séquences diapo lors des gros plans. Nous avons également constaté des problèmes de mixages sonores, allant jusqu’à une disparition pure et simple des bruitages en cours de partie obligeant à recharger une sauvegarde... sur ce plan-là, pas de quoi non plus faire sauter la banque.

Conclusion

Pas vraiment à la hauteur des attentes qu’une licence de ce calibre pouvait générer, Thief ne parvient pas à imposer sa griffe dans l’univers déjà très fourni des jeux d’infiltration. Reste un jeu divertissant, qui sait proposer de bonnes séquences de jeu et est en partie sauvé par ses qualités artistiques, pour peu qu’on lui pardonne ses lacunes de gameplay, ses temps de chargement horripilants et sa réalisation technique, à condition d’avoir déjà parcouru la concurrence. On n’ira donc pas jusqu’à dire qu’il y a vol sur la marchandise, mais il est clair qu’au vu de cet épisode la licence aurait pu (dû ?) rester dans l’ombre.


par Mighty_Max Commenter
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Le jeu a été testé sur une version PS3 commerciale fournie par l'éditeur. La rédaction n'étant pas équipée du matériel nécessaire pour faire des captures d'écran sur PS3, les images qui parsèment ce test sont fournies pas l'éditeur.