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Joël et Ellie, les deux héros de The Last Of Us
Le moins que l’on puisse dire, c’est que chez Naughty Dog, on n’aime pas la facilité. Plutôt que de sortir un quatrième Uncharted qui aurait permis de remplir un peu plus les tiroirs-caisses déjà bien garnis de la société, les développeurs ont préféré se lancer un défi en sortant une nouvelle licence, The Last of Us, à quelques mois seulement de l’arrivée de la prochaine génération de consoles. Et à en juger par les ventes en deçà des attentes de Gears of War : Judgment et God Of War Ascension, deux suites aussi opportunistes que dispensables, on se dit que ce choix est loin d’être idiot, à condition toutefois d’arriver à imposer un univers aussi réussi que celui de Nathan Drake. Pari gagné ?

Changement de décor

Un monde dévasté
Pour être franc, on a beau aimer Uncharted, les vannes de Nathan et Sully, la narration au cordeau et le gameplay aux petits oignons, la formule commençait à sentir méchamment le réchauffé dans le dernier épisode. A tel point que, si l’annonce d’une nouvelle licence a enthousiasmé tous les amateurs du studio au « chien méchant », les premières vidéos de The Last of Us ont éveillé une petite inquiétude : ne serait-on pas en train de nous vendre un Uncharted reskiné avec des zombies ? Car de zombies (ou plutôt, d'"infectés") il sera largement question dans The Last of Us. Tout commence en effet via un prologue saisissant se déroulant de nos jours à Boston et dans lequel Joël, le principal protagoniste du jeu, va tenter de survivre à l’apparition d’une pandémie aussi redoutable que fulgurante, propagée par un mystérieux champignon et transformant les personnes infectées en monstres désincarnés et avides de viandes fraiches. Cette introduction est l’occasion de découvrir (ou de redécouvrir) le sens de la narration parfaitement maîtrisé de Naughty Dog. En quelques instants, le temps de quelques cinématiques impeccables et de se familiariser avec les commandes du titre, on saisit l’ampleur du désastre et les conséquences sur Joël. Le jeu débute ainsi réellement 20 ans plus tard, où notre héros, devenu contrebandier, tente de survivre de ces petits larcins tout en évitant de se frotter à l’armée, qui a imposé un régime totalitaire qui n’est pas sans rappeler celui de Half-Life 2, aux Lucioles, un petit groupe armée en rébellion contre l’autorité mise en place, et aux infectés, toujours plus nombreux et dangereux. La dystopie (à vos dicos !) mise en place par le studio n’est certes pas très originale mais fait preuve d’une grande cohérence et parvient à captiver dès les premiers instants.

De l'art de se renouveler

Ellie sera au cœur de toutes les attentions
Le quotidien de Joël va être bouleversé par sa dernière mission, qui consiste à transporter une jeune fille du nom de Ellie à l’autre bout de la ville. L’enjeu de cette tâche, qui s’avérera évidemment plus important qu’initialement prévu, va entrainer les deux survivants dans une aventure dont il sera difficile de décrocher une fois la manette en main. En effet, autant faire court : The Last of Us surpasse allégrement les standards déjà très élevés que la série Uncharted (en particulier le deuxième opus) a imposés en son temps en matière de rythme et de narration. C’est bien simple, on ne s’ennuie jamais tout le long des 15 ou 20 heures (selon votre façon de jouer) de la trame principale. Une belle performance, qui est en partie due à la grande qualité des cinématiques (aussi bien sur le plan technique qu’artistique) qui ponctuent à intervalles réguliers le jeu, mais aussi à la capacité du studio à ménager temps forts et périodes de calme, entre gunfights et exploration.

Le sixième sens de Joël
Gunfights, le mot est lâché, et les bourrins à la gâchette facile piétinent déjà d’impatience à l’idée de massacrer des infectés par centaines. Sauf qu’ici, Naughty Dog a très intelligemment repensé le gameplay TPS d’Uncharted pour l’adapter à l’univers survival de The Last of Us. Si on retrouve le même positionnement de caméra à la troisième personne, le même moteur de jeu et des animations très proches (au point que Joël rappellera parfois Nathan Drake), le gameplay mise cette fois sur la survie et la discrétion. Pas question ici d’emmagasiner des centaines de munitions et des medikits, cette fois chaque balle sera comptée et chaque objet devra être précieusement conservé dans le sac à dos du héros sous peine de se retrouver à sec face à un groupe d’ennemis, en particulier si l’on recherche systématiquement l’affrontement direct, ce qu’il sera fortement déconseillé dans The Last of Us. Il sera ainsi préférable, selon les situations rencontrées, d’éliminer les ennemis furtivement en les surprenant par derrière, ou de foncer directement vers la sortie, quitte à essuyer quelques tirs au passage et peut-être louper de précieux objets à ramasser. Joël pourra également utiliser son ouïe pour détecter la présence des ennemis à travers les éléments du décor. Une entorse au réalisme certes mais qui contribue à étoffer l’approche tactique des affrontements, puisque l’on prendra rapidement l’habitude d’identifier le parcours des ennemis avant de se faufiler en lieu sûr sans éveiller les soupçons, le tout en gardant un œil sur les déplacements ennemis avec le sixième sens de Joël. Histoire de varier les situations, la nature des ennemis affrontés, selon qu’ils soient humains ou infectés, aura une influence sur la tactique d’approche : on pourra ainsi se permettre de se montrer devant un infecté aveugle, à condition de rester totalement silencieux, chose qu’il sera impossible de faire face à un garde équipé d’une lampe torche.

La lutte pour la survie

Minecraft aura vraiment influencé tout le monde
Les rencontres avec les ennemis offrent donc davantage de richesse et de variété que dans Uncharted. Mais Naughty Dog ne s’est pas arrêté en si bon chemin, et propose également une gestion d’inventaire bien plus étoffée que chez Drake. On accèdera ainsi à toute une panoplie d’équipement via la croix directionnelle. En plus des armes classées en catégories et accessibles plus ou moins rapidement selon que l’arme soit à portée de main ou rangée dans le sac à dos de Joël, on a accès à des cocktails molotov, des grenades fumigènes ou encore des mines, histoire de faire le ménage dans les rangs adverses. Tous ces items pourront être craftés en utilisant des objets ramassés au cours de l’aventure. Mais tout comme les munitions, les items sont disséminés au compte-compte, si bien que l’on sera fréquemment confronté à des dilemmes cornéliens : dois-je utiliser un chiffon et une bouteille d’alcool pour confectionner un medikit ou un cocktail molotov ? Vais-je utiliser un surin pour forcer une serrure récalcitrante, ou poignarder un ennemi, au risque de casser la lame ? De quoi renforcer cette impression de lutte pour la survie même si dans l’ensemble, ces choix n’auront qu’une incidence limitée en difficulté normal. Mais les choses se corseront rapidement dans les difficultés supérieures, où un mauvais choix pourra se payer cash au cours de la partie. Joël aura également la possibilité d’améliorer ses statistiques via la consommation de pilules bien planquées dans les décors. Augmenter sa santé, sa capacité à détecter les ennemis ou encore l’efficacité de son inventaire sont autant d’options disponibles pour faire évoluer le héros. On pourra enfin améliorer ses armes via des établis disséminés en de rares endroits pendant le jeu. Augmenter les dégâts de son fusil à pompe ou le recul de son revolver, rien de plus simple, pour peu que l’on dispose des matériaux adéquats.

Bouge pas mon gars, que j'économise une balle
Mais naturellement, toute cette profondeur de gameplay ne servirait à rien sans un level design adéquat. Et là encore, Naughty Dog est parvenu à transcender tout ce qu’il a accompli auparavant, en proposant des niveaux construits avec brio. Bien qu’organisé de manière linéaire, on évolue régulièrement dans les niveaux avec la sensation d’explorer les lieux en suivant un itinéraire non prévu par les développeurs, avant de se rendre compte qu’il s’agit belle et bien du chemin à suivre. Même constat pour les séquences de combat, où les éléments de décor, très bien intégrés, donnent toujours l’impression d’avoir été placés de manière naturelle alors qu’ils font pleinement partie du design pensé en amont du jeu. Cerise sur le gâteau, on redoutait beaucoup que le personnage d’Ellie, qui accompagne Joël tout au long de l’aventure, soit un colossal boulet tout juste bon à se faire tuer façon lemmings à la première occasion qui se présente (en gros, comme dans 90% de la production actuelle lorsque qu’un jeu implique un PNJ combattant à vos côtés), mais en réalité elle s’avérera très utile, n’hésitant pas à tuer elle-même certains ennemis et ne restant jamais bêtement bloquée dans un élément du décor. Un grand coup de chapeau donc, rarement la lutte pour la survie n’aura été aussi brillamment restituée sur consoles.

The First of All

Le jeu est un régal pour les yeux
Pour que la baffe soit totale, il faut une réalisation au niveau. Naughty Dog, déjà responsable des plus beaux jeux sortis sur consoles, vient de relever le standard d’un cran, histoire de dégouter la concurrence pour de bon. Alors d’accord, pour ceux qui ont déjà joué au deux derniers Uncharted, l’effet de surprise ne sera plus au rendez-vous, et la PS3 commence tout doucement à faire l’âge de ses artères, mais il convient de souligner qu’encore une fois, Naughty Dog a su repousser les limites de la machine pour proposer une expérience visuelle hallucinante, entre vision d’un Boston au bord de la ruine (on s’amusera d’ailleurs du parallèle évident entre le décor urbain à l’abandon de The Last Of Us et des ruines d’Uncharted, mélange de briques, de rouilles et de végétations sauvages) et paysages réalistes au coucher de soleil. Le niveau d’attention apporté au moindre détail force le respect et le jeu affiche une élégance très classe (rien que le menu principal du jeu donne le ton). Les expressions des visages sont également remarquables et rendent les cinématiques très agréables à regarder, Au point que l’on a qu’une seule envie, repousser la conclusion du titre le plus longtemps possible pour profiter davantage encore de cette grande aventure.



Les infectés sont très vifs, mieux vaut rester dans l'ombre
Notons toutefois pour ceux qui souhaiteraient se replonger dans le titre après l’avoir bouclé que le jeu propose un mode "New Game +", qui permettra de compléter les compétences acquises par Joël pendant le premier run mais aussi de se lancer dans un mode de difficulté supérieur afin d’éprouver davantage sa capacité à survivre en milieu hostile. Les amateurs de multi-joueurs ne seront pas en reste, et The Last Of Us propose deux modes de jeu : le mode Factions opposera Chasseurs d’un côté, Lucioles de l’autre pour une baston générale en Team Deathmatch par deux équipes de 4 joueurs avec mort subite à la clé une fois que le compteur de 20 vies est arrivé à expiration. Dans l’autre mode, Survie, pas de respawn possible : la dernière équipe debout est sacrée vainqueur, la victoire finale revenant à la meilleure équipe sur 7 manches. Difficile de prédire à l’avance le succès du multi-joueurs, d’autant que le cœur de celui-ci reste le mode solo, on pourra toutefois souligner que ce mode est plutôt bien fichu et fun à jouer, avec un mécanisme de skills pour étoffer un peu ce mode sur la durée. On imagine que comme pour Uncharted, une pelleté de DLC viendront étoffer ce mode.

Conclusion

On pensait que Naughty Dog avait atteint le sommet avec la série Uncharted, mais The Last Of Us explose littéralement tous les standards esthétiques et ludiques de ses prédécesseurs. Jeu-somme regroupant ce que la génération actuelle a produit de meilleur en matière de jeu vidéo tout en narrant une aventure prenante et poignante, il s’agit tout simplement de la meilleure exclu sortie sur consoles. Long, visuellement splendide et au gameplay irréprochable, voilà un titre à côté duquel il serait vraiment dommage de passer, et qui prouve que la PS3 a encore de très beaux restes.

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par Mighty_Max Commenter
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